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Renaud P. Gaultier

Peintures, installations, textes

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La gratitude, pour commencer ?

Gratiae habitio (Merci merci merci), Renaud Gaultier 2025, https://renaudgaultier.com/blog/2026/2/17/oifruqbmoaovbsd078gxi4b53ybuwm

Quand nous pensons que tout nous est dû, que ce soit en raison de nos droit ou selon nos contrats, il nous arrive d’oublier de remercier celui ou celle qui nous procure un service ou un bien. Comme si cela allait de soi. Beaucoup des personnes qui dédient leur temps professionnel ou bénévole à l’amélioration de la vie des autres souffrent de ne recevoir sinon reconnaissance du moins un simple regard accompagné d’un merci. Poison contemporain ?

Il peut arriver que nous soyons pressés, dans une urgence supposée, pour ainsi négliger la relation à l’autre, aussi brève qu’un passage en caisse soit-elle. Mais si l’on y réfléchit bien, rien ne peut l’excuser. Ni le fait de téléphoner quand nous entrons dans une boulangerie, ni la façon dont nous sommes accueillis, parfois distraitement.

La technique nous a mis en face de machines dotées d’interfaces de plus en plus sophistiqués : de la pompe à essence au distributeur de snacks, du péage routier à la caisse automatique, du site du trésor public à l’assurance en ligne, de la commande de vêtements à la configuration de sa cuisine. Ces situations provoquent des moments parfois tendus, la machine impose son dialogue, suscite impatience et parfois colère. Nous devons nous y plier, une fonction ne se discute pas, la chose n’a rien à négocier, nous pouvons râler, tempêter, rien n’y fera. Même de mauvaise grâce, le client comme l’administré se soumettra, pas le choix.

Nous pouvons peut-être trouver là une explication à la difficulté à établir une relation égale avec l’autre dans une situation de service. Soumis à de multiples injonctions à tout moment de la journée et de la nuit, nous escamotons l’autre, l’humain, le non-machine et ainsi nous nous vengeons sur lui des humiliations techniques, nous le faisons “payer”.

Le recours aux substituts sous forme d’automate renforce cet isolement de chaque individu, mis en bulle cognitive, enfermé dans ses obligations virtuelles, déconnecté de la relation réelle, avec sa temporalité, son lieu précis, son flux. Comme si l’autre était réifié, objet parmi d’autres, ou pire fantôme (“ghost”) d’un lieu mort-né. Nous pouvons déplorer le développement des souffrances psychiques, interpeler les responsables politiques sur les questions de santé mentale, mais n’est-ce pas seulement quand cela nous touche de près, dans notre famille ou notre environnement professionnel ? Car enfin, est-il raisonnable de briser sa solitude en faisant glisser son doigt sur un défilement d’images agglomérés par un algorithme biaisé, ou encore, en questionnant une IA “conversationnelle” qui, à côté d’un tutoriel sur le soufflé au fromage parfois se permet de “donner généreusement” des conseils sur notre vie sentimentale et “répond” aux questions les plus existentielles ? Or Autrui ne se trouve ni sur une étagère, ni sur un catalogue, mais en dialogue. Ou alors cela porte un nom : la prostitution. C’est peut-être aussi cela, cette injonction à devenir “entrepreneur de soi”, une incitation à se prostituer, à ne se définir que dans les attentes des autres, ou les imposer sans égards, impudique en panique, objectivé jusqu’à la perte de soi, de chose à chose.

Si nous y réfléchissons bien, il nous faudrait sans douter retrouver le temps de dialoguer dans la complexité de la présence à l’autre, sans guide défini, dans les méandres incertains de l’échange entre personnes, nourri de paroles et d’attitudes certes, mais aussi de partages dans l’action. Peut-être aussi que nous devrions restaurer notre capacité à reconnaître l’autre comme soi-même, et pour commencer, à le saluer et le remercier pour son humanité et sa présence. Et ce que nous pourrions tisser là, au quotidien, devrait souhaitons le, finir par ressembler à un embryon de société dans laquelle nous retrouverions peu à peu notre place. Comme une conduite politique du quotidien, à notre échelle, libre, égale, fraternelle.

tags: société, philosophie, éthique, morale
categories: Société
Tuesday 02.17.26
Posted by Renaud GAULTIER
 

IA, si humain, trop humain ?

N’en déplaise aux adorateurs de l’innovation technologique, la question de l’Intelligence Artificielle (IA) ne se pose pas en termes de progrès technique comme souvent en la matière mais de choix de société, voire osons le mot, de civilisation. Certains acteurs du secteur et non des moindres s’inquiètent des conséquences pour notre humanité, d’autres cherchent à nous apaiser, parce que selon eux, depuis l’invention du chemin de fer, « les gens » ont toujours des réticences à accepter la nouveauté technique. Et si le débat était ailleurs ?

Revenons un moment à une époque où la technique entame sa marche triomphale, par le fer, le feu et le charbon, quand Dostoïevski (1821-1881) raconte une histoire sensée expliquer la modernité, ainsi l’épisode du Grand Inquisiteur dans son roman « Les frères Karamasov ». Au temps de l’inquisition espagnole, au XVIème siècle donc, Jésus, de retour sur terre, est arrêté par la police religieuse. Là, son chef explique au « Fils de l’Homme » que la proposition révolutionnaire d’instaurer l’amour et la liberté sur Terre est une dangereuse aberration, dont les humains ne veulent pas. Pour le Grand Inquisiteur, il faudrait plutôt se conformer à l’enseignement tiré des trois tentations du désert auquel seul un être héroïque comme Yechoua a pu résister. Ainsi, les humains veulent du mystère, des miracles et de l’autorité. Rappelons-nous, lors de cet épisode biblique, Satan incite l’ascète du Jourdain à changer les pierres en pain, puis à sauter de la falaise pour voler en compagnie des anges et enfin de prendre possession de toutes les terres qui se présentent à lui pour les gouverner.

Nous pouvons y voir comme une étrange similitude avec les choix que les développements ultimes de l’IA nous imposent. Chacun s’accorde en effet à considérer qu’il existe une boite noire dans les réseaux de neurones artificiels auquel personne ne peut plus accéder, un mystère donc (imaginez si nos ingénieurs avouaient ne rien comprendre au fonctionnement d’une centrale nucléaire…). Mais aussi que les bénéfices attendus, en imagerie médicale par exemple, permettront de résoudre bien des problèmes jusqu’ici insolubles, un vrai miracle algorithmique nous dit-on. Et qu’enfin la puissance conférée par la maîtrise des IAs donnera aux individus et plus encore aux organisations des capacités encore jamais vues, la puissance ultime et sans limites.

De ce fait, nous pouvons acter que la question est ontologique, autrement dit, ce que signifie être humain. D’ailleurs, ceux qui investissent sans compter dans ces architectures neuronales sont les mêmes qui prônent le long-termisme et le transhumanisme. Ici, le désir de puissance, le miracle de vaincre la mort s’accommode ici bien d’un mystère jamais explicité : que deviendra notre humanité enserrée dans ces réseaux intelligents ? Certains esprits énoncent que l’usage d’un outil dépend de son usage et de là de son propriétaire, qu’il ne faudrait en aucun cas ralentir cet essor, comparé à un « nouvel âge des Lumières » (sic). En plein changement climatique d’origine humaine, si l’on considère que l’incapacité politique pour faire face aux crises de l’anthropocène est sans doute le marqueur global et majeur de ce XXIème siècle, nous voilà rassurés. Nous pourrions d’ailleurs nous demander si la ruée vers l’or de l’IA ne dissimule pas une croyance qui établirait que cette technologie nous sauvera des misères que les progrès passés nous infligent. Miracle, encore, pensée magique de geek, toujours. Mais perspectives d’enrichissements incommensurables, aussi.

Il existe bien encore dans nos démocraties des personnes instruites qui pensent pouvoir réguler les pouvoirs de l’IA. L’Europe s’en préoccupe, les États-Unis aussi. Ailleurs, la question ne se pose pas. La course à l’armement pour dominer le monde sans partage est lancée depuis longtemps déjà, rien ne fera renoncer les compétiteurs. Les firmes qui investissent et produisent ces IAs lèvent des fonds colossaux, là non plus rien n’indique un ralentissement. La seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que ces IAs donneront à leurs maîtres des capacités de contrôle et de destruction jamais atteintes. L’Être à jamais vaincu par l’Avoir ? L’IA nous pose à nouveau une question que nos conforts, du moins pour la partie occidentalisée de l’humanité, avaient pour un temps effacé. Et nous sommes sans réponse.

Dans le récit biblique, il est bien question de notre désir de jouissance sans frein, de nos appétits féroces et insatiables et pour finir de ce pouvoir absolu qui nous couronnerait faux Dieu. Notre temps voit ce moment advenir et nous sommes nus devant l’impensable. Et si le Grand Inquisiteur ne s’est pas trompé, il nous resterait alors l’illusion ou l’effroi.

Ill. “Roi du Monde ?”, huile sur toile, 162x130, Renaud Gaultier 2022.

 F. Dostoïevski (1821-1881), “Les Frères Karamazov” (1880), Trad. A. Markowicz, Babel 2002.

Pétition pour demander un moratoire sur l’IA :

https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/lintelligence-artificielle-risque-majeur-pour-lhumanite-une-petition-mondiale-reclame-un-moratoire-de-six-mois-20230330_FCER5AORZBATBFQPZAMNNGCVD4/?redirected=1

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/03/intelligence-artificielle-la-petition-portee-par-elon-musk-a-scie-deux-fondamentaux-de-l-ideologie-de-la-silicon-valley-le-culte-de-la-performance-et-le-parasitisme-de-l-etat_6171845_3232.html

 

Yann Le Cun (Meta), se prononce contre la régulation de l’IA :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/03/intelligence-artificielle-la-petition-portee-par-elon-musk-a-scie-deux-fondamentaux-de-l-ideologie-de-la-silicon-valley-le-culte-de-la-performance-et-le-parasitisme-de-l-etat_6171845_3232.html

 

Geoffrey Hinton on AI dangers :

https://www.wired.com/story/geoffrey-hinton-ai-chatgpt-dangers/?utm_medium=social&utm_social-type=owned&utm_source=facebook&mbid=social_facebook&utm_brand=wired&fbclid=IwAR1JgibySlheyRO7KbehWg1zMLxiJtA7eO6h-anaulthVhJkncodxeTGx9w

tags: IA, société, philosophie, éthique
categories: IA, Société, Politique
Thursday 05.11.23
Posted by Renaud GAULTIER
 

Laisser une trace ?

“Présence ?”, huile sur toile, 162x114cm, 2022.

Quand d’un effort conscient, ne serait-ce qu’un instant, nous nous écartons du flux de nos agitations et que nous considérons le temps qui a passé, nous pouvons nous poser la question qui défie la mort même : laisserons-nous une trace ? Cette idée de prolonger notre existence après nous peut nous hanter, d’autant plus que les prophètes de l’anthropocène en cours nous promettent l’effondrement voire la grande extinction. Revue de talismans. Pour conjurer l’angoisse ambiante ?

Selon la vision messianique de l’artiste selon Malraux, l’art se verrait conférer la mission sacrée de donner à l’humanité un passeport pour l’éternité. Depuis, les individus se vus ensevelir sous les artefacts industriels, n’ayant d’autre choix que de creuser des trous immenses pour y jeter leurs montagnes de rebuts. Nous nous émerveillons devant un fragment d’amphore ou un bijou extrait d’une tombe antique, je ne suis pas sûr que nos descendants écrivent des thèses admiratives sur nos déchets de plastiques au XXème et XXIème siècle. Mais revenons à l’art.

S’étant emparé, via la pratique du ready made, des produits de la société industrielle ou ayant hybridé sa création d’objets et de pratiques diverses, l’artiste d’aujourd’hui ne prétend pas autre chose que de proposer sa réponse à un état de “faits”. Sa temporalité s’est réduite à la mesure du rythme contemporain, un post sur instagram chassant l’autre. Il faut être dans le “flow, you know”… Ce qui revient à dire que l’art est un marché comme un autre, avec ses stars éphémères et ses œuvres vite oubliées. La trace est alors une marque, une garantie de l’origine et de là d’une valeur numéraire. Dans ce contexte, rien dans ce qui se crée aujourd’hui n’ambitionne de se survivre. Depuis la fin des 50s, nous sommes Pop, au diapason de l’hyperconsommation occidentale, encore que. Certains se regroupent actuellement pour mettre en scène des capsules de temps, d’autres installent des mausolées pour le futur ou plantent des jardins pour après-demain.

Les technologies du numériques, hormis l’accélération des échanges, amènent en corollaire une autre forme de disparition, par simple obsolescence. Lire une disquette aujourd’hui relève de la traduction de la pierre de Rosette, seul un laboratoire encore équipé peut se le permettre. Nous pourrions nous en réjouir, que les photos pâlissent et que les fichiers s’évanouissent devrait nous soulager d’une autre peur, celle de voir se perpétuer nos manquements, dans un purgatoire du souvenir, punition ad vitam.

Il demeure une question qui se pose toujours. Nous pourrions imaginer que ces actes font encore les petits cailloux sur la route : sculptures, peintures et écrits par exemple, issus de transformations finalement assez simples- ce qui n’exclut pas le talent de leurs auteurs - et peuvent de ce fait durer du moment qu’elles échappent aux guerres, inondations et incendies divers. Certes, mais pour quoi faire ?

Témoigner de sa simple existence ou se faire reconnaître comme génie post-mortem ? Une question d’égo, rien d’autre. Car il en est d’un parcours d’artiste comme du sillage d’un bateau, un peu, quelque fois beaucoup, de pollution due à l’énergie consommée et à la dispersion de matières, et puis l’eau recouvre tout, dans la même dilution. Non la trace vaut à rebours, pour l’artiste lui-même, qui veut relire sa propre histoire et au seuil du grand départ, réunir un viatique tangible, sa propre connaissance de la vie au travers d’une expérience échue. La finitude pousse à inventer, oui, mais l’art ne peut pas tromper la mort. Il reste à espérer que le souvenir de l’œuvre accompagne le temps accompli et c’est déjà ça. Sinon l’absurde.

tags: art, philosophie
categories: culture, Art
Friday 12.09.22
Posted by Renaud GAULTIER
 

Woke et méta-univers, cette aliénation qui vient ? 

Différences, quelles différences ? Renaud Gaultier 2021

Nous sommes endormis et nous devons apprendre à rêver éveillés, telle est l’injonction paradoxale du moment. Des activistes nous sermonnent depuis leur chaire médiatique, nous tous coupables d’oppression envers une communauté dûment identifiée, tandis qu’un réseau social monopolistique nous invite à rejoindre un monde parallèle et merveilleux. Petit bilan de notre aliénation ordinaire.

Contrairement à la foultitude de réactionnaires de tous bords qui se sentent outragés par le wokisme venu de ce « nouveau monde » si impérieux, je n’ai rien contre le fait de réexaminer l’histoire de l’occident et d’en exhumer ses tragédies. Que nous rendions justice aux peuples « indigènes » et premiers, aux colonisés et aux femmes, aux homesexuel-le-s et aux transfuges de toutes obédiences me parait utile sinon indispensable, ne serait-ce que pour éviter de rééditer ces drames. De remettre au goût de jour la notion de « race »  me semble a contrario pernicieux, même sous un louable prétexte. Je m’en tiens en effet à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen comme point de départ, n’en déplaise aux tenants de tous les particularismes. Oui, je suis universaliste option multiversel, raison pour laquelle je pense que les entorses faites à ces principes doivent être corrigées et que les régimes qui persécutent ou ostracisent doivent être dénoncés et combattus. Question de fraternité humaine d’abord, de liberté pour toutes et tous et d’égalité partagée, cela va de soi. Car finalement, ce que réclament les partisans d’un wokisme militant, c’est tout simplement l’application universelle des droits humains. Et que leur origine soit hébraïque, grecque, latine, médiévale ou renaissante n’y change rien. Pour bien illustrer mon propos, les évangélistes latino-américains qui convertissent de force les populations autochtones au Brésil contreviennent gravement aux lois qui devraient les régir, en tout premier lieu le droit inaliénable au libre-arbitre. Nous pourrions citer les « conversions » des homosexuels par des sectes catholiques jusqu’en France, c’est la même abjection.  De réclamer une exception communautaire pour faire respecter un droit universel est pour le moins paradoxal. Un droit humain ne souffre aucune exclusion, point.

Il convient ici de faire la distinction entre ce qui relève du regard des autres, le préjugé racial par exemple, de la construction intrinsèque d’une identité. Un individu mis au ban ou dépouillé de ses droits civiques parce que « noir » va finalement intérioriser cette relégation, ce qui est le but de ces politiques immondes. Mais il n’en est pas l’auteur. A contrario, une personne qui choisit une sexualité ou un genre, élabore sa personnalité sur des bases qui lui appartiennent, sans répondre à aucune injonction initiale. C’est alors que le regard des autres change, selon le degré de tolérance de la société qui l’environne. Les personnes LGBTQI déclarent et assument leur liberté d’être, c’est infiniment respectable et constitue un bon indicateur de liberté civique. 

Malheureusement, le mouvement d’émancipation woke, encore une fois nécessaire à bien des égards, conduit souvent, telle une nouvelle église tendance mao, à des exclusions qui font peu de cas des libertés d’être, de créer, d’inventer. Pour le dire simplement, une femme iranienne doit pouvoir jouer le rôle d’un transsexuel juif, ou alors aucune rationalité, aucune sensibilité et encore moins d’empathie ne nous sont laissées. L’appropriation culturelle du blues par des rockers blancs, du yoga par des européennes ou du bouddhisme tibétain par des californiens est précisément un signe d’humanité en création. Créolisation diraient certains, et bien pourquoi pas ? Si cela peut nous éviter des guerres civiles… Nous pourrions regretter l’époque ou des artistes, souvent au risque de leur vie, transgressaient les limites du genre, de la sexualité, de la classe sociale et de la couleur de peau. Aujourd’hui, un certain fanatisme l’interdirait, et David Bowie serait alors mis à l’index.

Nous vivons une époque où des idéologues à court de raisonnement voudraient imposer une assignation à résidence généralisée, en d’autres termes réduire l’identité d’une personne à son origine, son genre ou sa sexualité. Cela arrange les furieux, qui trouvent les justifications à leurs délires identitaires, qu’ils soient nationalistes, racistes ou antisémites.

Ce n’est pas fortuit si des géants de la psychologie sociale industrielle comme Facebook ont choisi de devenir les promulgateurs du méta-univers*, le fameux métavers. Car, lorsque une société a été atomisée, la violence s’installe, guerre de tou-te-s contre tou-te-s. Alors vient le besoin de s’échapper de ce monde hostile. Le besoin d’un espace de liberté fait rêver, les Gafam nous le vendront par abonnement. Nous troquerons ainsi une aliénation contre une autre sans jamais trouver de solution. Parce que nous avons abandonné l’idée même de société, la collectivité marchande ne nous permettra plus que l’expérimentation virtuelle d’illusions immersives, une créativité programmée sur menu déroulant, un ersatz de vie sensible, pour nourrir un Léviathan toujours plus avide. Là, nous pourrons dans un jeu de rôle apparemment illimité, essayer des vies autres, séduire des êtres inaccessibles, oppresser nos dominants, libérer notre part animale et compenser nos échecs. Et nous paierons le prix. En dollar, tout d’abord. En addiction ensuite. En perte cognitive enfin. Tout cela pour fuir notre réalité, celle dont nous ne voulons plus assumer la responsabilité, en soi et en société. Pour tenter de survivre dans un gigantesque parc à thème, caméras sur les pylônes et satellites au dessus. Sans ne plus rien inventer.

Un cauchemar dystopique se met en place sous nos yeux et nous ne faisons rien. Comme si la Loi n’existait plus, comme si les droits humains n’étaient qu’une particularité culturelle. Relative, forcément relative. Et pourtant les corps. Et pourtant la gravité. Et pourtant la terre. Habiter son corps et notre terre, ce devenir bientôt impossible ?

Différence, quelle différence ? Renaud Gaultier 2021

*Premières fictions de méta-univers, parmi d’autres : 

Le Deuxième Monde, Cryo Interactive et Canal+ Multimédia 1997 : https://www.youtube.com/watch?v=hMpm1G_WK6I

Alain Della Negra et Kaori  Kinoshita, « Le chat, le Révérend et l’Esclave », documentaire, Films Capricci 2010 : https://www.youtube.com/watch?v=kw8j-A6qeCE

 Lana & Lily Wachowski, Matrix, Warner 1999 : https://www.youtube.com/watch?v=m8e-FF8MsqU

 Wang Dong Hyuk,Squid Game, Netflix 2021 :https://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=29898.html

Une liste de films pour approcher les mondes virtuels par la fiction : https://www.cinetrafic.fr/liste-film/477/1/les-mondes-virtuels

tags: société, philosophie, éthique
categories: Société, Politique, culture
Monday 11.01.21
Posted by Renaud GAULTIER
 

©Renaud Gaultier Période 1992-2026