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Renaud P. Gaultier

Peintures, installations, textes

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La SuperIntelligence des Lentilles d'Eau

La tempête avait repoussé les lentilles d’eau au bout de la mare, il fallait profiter du moment et aller chercher l’épuisette, malgré le froid. Il me fallut quelques jours pour en venir à bout, comme un gondolier patient, pêcheur de plantes aquatiques. A la faveur de ces travaux, il me vint quelques réflexions, comme une méditation de bord de mare. Liminaire.

Pour commencer, ces “lemna minor” sont des créatures douées d’aptitudes et de qualités remarquables. Asexuées, elles se reproduisent à raison d’un doublement de la surface couverte par 24 heures en climat tempéré. Elles se nourrissent de l’azote et des phosphates présents à l’état naturel dans les eaux calmes, à fortiori sur des bassins d’épandage d’eaux usées. Certaines variétés de lentilles, riches en protéines, sont utilisées comme alimentation animale ou même humaine. Les carpes et les canards en raffolent, les emmenant d’une mare à l’autre, comme pour cultiver des champs d’eau destinés à les nourrir. Le développement des lentilles d’eau traduit une propension à l’invasion sans limites, seulement bornée par les contours du plan d’eau. Une fois recouvert, la couche s’épaissit, jusqu’à plonger le bassin dans l’obscurité. La photosynthèse s’arrête, la vie aérobie est alors asphyxiée, c’est l’eutrophisation. Au bout d’un moment, en l’absence de prélèvement d’origine animale ou humaine, elles se décomposent, régénérant un cycle apparemment infini. Hormis à des fins d’alimentation, les instituts agronomiques réfléchissent à leur mise en culture sur des bassins d’eaux usées, pour les recycler ensuite comme engrais. Elles présentent donc un intérêt écologique évident pour les collectivités. Leur présence, accentuée par les activités agricoles et l’habitat, témoigne d’une forme d’irréversibilité des processus invasifs, au point qu’elles savent couler quand il fait trop froid pour revenir à la surface aux beaux jours. Elles sont une forme de vie automatisée, autonome, voire autosuffisante dans un contexte favorable. De quoi méditer, donc. Par exemple, sur le recouvrement inéluctable d’une réalité par une autre, d’une substitution de vie, jusqu’à l’épuisement.

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Maintenant, mouillons-nous. Il ne se passe pas un jour sans que des journalistes s’émeuvent des formidables progrès des intelligences artificielles et que utilisateurs se fassent l’écho des incroyables possibilités qui leur sont - pour le moment - offertes, sur des réseaux sociaux eux-mêmes pilotés et administrés par d’autres IAs. Chacun-e est prêt-e à renoncer à son discernement du moment qu’il-elle peut consulter l’oracle digital à tout moment depuis son téléphone ou sa station de travail. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir revenir le magique sous forme numérique. Sans préjuger des technologies mobilisées, allons explorer les chemins d’une mythologie inactuelle et essayer, pourquoi pas, d’en distinguer quelques impasses.

Dans un temps pas si lointain en Europe, nous pouvions invoquer les esprits d’une source ou d’un bois et tenter de se concilier leurs bonnes grâces. Nous étions animistes jusqu’au moment une religion d’inspiration judéo-grecque finit par convertir toutes ces pratiques en cultes de saints et saintes, thaumaturges parfois, doté-e-s de vertus inatteignables, le plus souvent.

Puis, la nature gagnant en science ce qu’elle perdait en légende, nous entreprîmes de la soumettre, par tous les moyens de la technique triomphante. L’appropriation des ressources connut alors une frénésie sans limites, le droit évoluant au gré des découvertes de profitabilité. Humains mis de côté dans des catégories dites inférieures, non humains broyés par le machinisme, les colonisations prirent des formes diverses selon les phases de l’histoire moderne. Alors oui, si les concepts d’égalité et de liberté diffusés à l’époque des Lumières ont pu s’inspirer de la rencontre avec les peuples amérindiens, les encyclopédistes en instaurant un homme démiurge débutèrent l’instauration des tyrans tout-puissants. La politique bute sur le capital technique, déjà. Les âges industriels virent la mise au pas des populations rétives, dans des villes usines d’abord. Pour les plus instruits, il leur fut laissé le romantisme pour nostalgie, Sturm und Drang et Mare au Diable. Quelques artistes organisèrent la résistance, Ecole de Barbizon, Ecole de Pont Aven, Nabis. Chant du Cygne Noir, ultime Talisman. Le pire survient ensuite, quand sous prétexte de retour aux sources des civilisations ancestrales, la mort industrialisa la mort, deux guerres mondiales, gazage des fantassins, massacre à la mitrailleuse, bombardement au phosphore, chambres à gaz, anéantissement nucléaire. La notion d’esthétique s’était évanouie avec Duchamp, le désespoir envahit la peinture de l’Ecole de Paris et des expressionnistes abstraits, la joie factice du Pop Art vient recouvrir les classes moyennes d’un linceul d’illusions, la place est libre pour l’avènement de l’informatique de masse. Interagir en réseau, comme une armée docile de consommateurs un jour de soldes. Prendre et jeter, encore et plus encore. Pléonexie compulsive, irrépressible, sauf accident. Les krachs se suivent mais qu’importe, la monnaie se virtualise de plus en plus, indolore. Depuis le chèque de Yves Klein, la dette est une abstraction immatérielle et sans lyrisme, simplement une Nouvelle Réalité. Quelques années plus tard, les artistes et les philosophes dissertent à propos des jeux vidéos, seules les Wachowski se fendent d’une critique monumentale de la société du spectacle numérique avec une trilogie 3D, toutes et tous Matrixé-e-s pour l’éternité ?

Et les cyborgs s’invitent au Festin Nu. Dignes héritiers des Robber Barons du charbon et de l’acier, les Métabarons de la Tech colonisent la planète par le code, réduisent en algorithme la vie de milliards d’êtres humains. Les scientifiques deviennent de simples gestionnaires, les ingénieurs jouent à la play station sur des logiciels de conception 3D, les politiques défilent sur les tapis rouges, le pouvoir est ailleurs. Idiots utiles, une poignée d’artistes se poussent pour être remarqués puis financés par les derniers tycoons du Luxe. Car l’Art est un Luxe, même quand il est stupide. D’aucuns se demandent si l’IA ne va pas les supplanter définitivement. D’autres expliquent que la clé est dans le “prompt”. Comme si une IA bien élevée dans ses bunkers réfrigérés ne savait pas prompter toute seule. Les enseignants professent que nous devons adapter les enfants à ce nouvel environnement. Dette et Devoir pour Obéir, toujours. Léviathan est un conglomérat anonyme de pixels, HAL est déjà loin, il nous est demandé d’être bienveillant avec les machines, elles sont si gentilles. Hegel peut être content, l’esprit du temps est une nano-puce chargée en données toxiques.

Asphyxiée la démocratie issue des traditions néo-classiques du XVIIIème. Etats faillis, territoires poubelles, fin d’une Histoire, début d’un cycle ou l’asservissement digital, tel que de trop rares auteurs de Science Fiction l’ont pensé, est devenu une norme sociale, par commodité. “Pourvu que je scrolle et que je trolle, alors je jouis de moi.”

Dante est mort. Pas ses enfers.

Quelques références au fil de l’eau :

Nick Bostrom, “Superintelligence”, (2024), Dunod

Nicolas Nova, “Persistance du merveilleux”, (2024), Premier Parallèle.

David Graeber & David Wengrow, “Au Commencement était…, une nouvelle histoire de l’humanité”, Les Liens qui Libèrent, (2021).

William Burroughs, “Le Festin Nu”, (1954), Gallimard.

David Cronenberg, “Le Festin Nu”, (1991), Century Fox.

David Chavalarias, “Toxic Data”, (2022), Flammarion.

https://helloquittex.com

Yves Klein , Chèque, (1959), Encre, peinture dorée sur papier collé sur papier gouaché, 15,5 x 37 cm
Chèque: 9,7 x 31 cm, Centre Pompidou.

tags: environnement, écologie, inteliigence, vivant
categories: IA
Friday 01.17.25
Posted by Renaud GAULTIER
 

IA, si humain, trop humain ?

N’en déplaise aux adorateurs de l’innovation technologique, la question de l’Intelligence Artificielle (IA) ne se pose pas en termes de progrès technique comme souvent en la matière mais de choix de société, voire osons le mot, de civilisation. Certains acteurs du secteur et non des moindres s’inquiètent des conséquences pour notre humanité, d’autres cherchent à nous apaiser, parce que selon eux, depuis l’invention du chemin de fer, « les gens » ont toujours des réticences à accepter la nouveauté technique. Et si le débat était ailleurs ?

Revenons un moment à une époque où la technique entame sa marche triomphale, par le fer, le feu et le charbon, quand Dostoïevski (1821-1881) raconte une histoire sensée expliquer la modernité, ainsi l’épisode du Grand Inquisiteur dans son roman « Les frères Karamasov ». Au temps de l’inquisition espagnole, au XVIème siècle donc, Jésus, de retour sur terre, est arrêté par la police religieuse. Là, son chef explique au « Fils de l’Homme » que la proposition révolutionnaire d’instaurer l’amour et la liberté sur Terre est une dangereuse aberration, dont les humains ne veulent pas. Pour le Grand Inquisiteur, il faudrait plutôt se conformer à l’enseignement tiré des trois tentations du désert auquel seul un être héroïque comme Yechoua a pu résister. Ainsi, les humains veulent du mystère, des miracles et de l’autorité. Rappelons-nous, lors de cet épisode biblique, Satan incite l’ascète du Jourdain à changer les pierres en pain, puis à sauter de la falaise pour voler en compagnie des anges et enfin de prendre possession de toutes les terres qui se présentent à lui pour les gouverner.

Nous pouvons y voir comme une étrange similitude avec les choix que les développements ultimes de l’IA nous imposent. Chacun s’accorde en effet à considérer qu’il existe une boite noire dans les réseaux de neurones artificiels auquel personne ne peut plus accéder, un mystère donc (imaginez si nos ingénieurs avouaient ne rien comprendre au fonctionnement d’une centrale nucléaire…). Mais aussi que les bénéfices attendus, en imagerie médicale par exemple, permettront de résoudre bien des problèmes jusqu’ici insolubles, un vrai miracle algorithmique nous dit-on. Et qu’enfin la puissance conférée par la maîtrise des IAs donnera aux individus et plus encore aux organisations des capacités encore jamais vues, la puissance ultime et sans limites.

De ce fait, nous pouvons acter que la question est ontologique, autrement dit, ce que signifie être humain. D’ailleurs, ceux qui investissent sans compter dans ces architectures neuronales sont les mêmes qui prônent le long-termisme et le transhumanisme. Ici, le désir de puissance, le miracle de vaincre la mort s’accommode ici bien d’un mystère jamais explicité : que deviendra notre humanité enserrée dans ces réseaux intelligents ? Certains esprits énoncent que l’usage d’un outil dépend de son usage et de là de son propriétaire, qu’il ne faudrait en aucun cas ralentir cet essor, comparé à un « nouvel âge des Lumières » (sic). En plein changement climatique d’origine humaine, si l’on considère que l’incapacité politique pour faire face aux crises de l’anthropocène est sans doute le marqueur global et majeur de ce XXIème siècle, nous voilà rassurés. Nous pourrions d’ailleurs nous demander si la ruée vers l’or de l’IA ne dissimule pas une croyance qui établirait que cette technologie nous sauvera des misères que les progrès passés nous infligent. Miracle, encore, pensée magique de geek, toujours. Mais perspectives d’enrichissements incommensurables, aussi.

Il existe bien encore dans nos démocraties des personnes instruites qui pensent pouvoir réguler les pouvoirs de l’IA. L’Europe s’en préoccupe, les États-Unis aussi. Ailleurs, la question ne se pose pas. La course à l’armement pour dominer le monde sans partage est lancée depuis longtemps déjà, rien ne fera renoncer les compétiteurs. Les firmes qui investissent et produisent ces IAs lèvent des fonds colossaux, là non plus rien n’indique un ralentissement. La seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que ces IAs donneront à leurs maîtres des capacités de contrôle et de destruction jamais atteintes. L’Être à jamais vaincu par l’Avoir ? L’IA nous pose à nouveau une question que nos conforts, du moins pour la partie occidentalisée de l’humanité, avaient pour un temps effacé. Et nous sommes sans réponse.

Dans le récit biblique, il est bien question de notre désir de jouissance sans frein, de nos appétits féroces et insatiables et pour finir de ce pouvoir absolu qui nous couronnerait faux Dieu. Notre temps voit ce moment advenir et nous sommes nus devant l’impensable. Et si le Grand Inquisiteur ne s’est pas trompé, il nous resterait alors l’illusion ou l’effroi.

Ill. “Roi du Monde ?”, huile sur toile, 162x130, Renaud Gaultier 2022.

 F. Dostoïevski (1821-1881), “Les Frères Karamazov” (1880), Trad. A. Markowicz, Babel 2002.

Pétition pour demander un moratoire sur l’IA :

https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/lintelligence-artificielle-risque-majeur-pour-lhumanite-une-petition-mondiale-reclame-un-moratoire-de-six-mois-20230330_FCER5AORZBATBFQPZAMNNGCVD4/?redirected=1

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/03/intelligence-artificielle-la-petition-portee-par-elon-musk-a-scie-deux-fondamentaux-de-l-ideologie-de-la-silicon-valley-le-culte-de-la-performance-et-le-parasitisme-de-l-etat_6171845_3232.html

 

Yann Le Cun (Meta), se prononce contre la régulation de l’IA :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/03/intelligence-artificielle-la-petition-portee-par-elon-musk-a-scie-deux-fondamentaux-de-l-ideologie-de-la-silicon-valley-le-culte-de-la-performance-et-le-parasitisme-de-l-etat_6171845_3232.html

 

Geoffrey Hinton on AI dangers :

https://www.wired.com/story/geoffrey-hinton-ai-chatgpt-dangers/?utm_medium=social&utm_social-type=owned&utm_source=facebook&mbid=social_facebook&utm_brand=wired&fbclid=IwAR1JgibySlheyRO7KbehWg1zMLxiJtA7eO6h-anaulthVhJkncodxeTGx9w

tags: IA, société, philosophie, éthique
categories: IA, Société, Politique
Thursday 05.11.23
Posted by Renaud GAULTIER
 

I.A. : sous les octets le plagiat ?

“Qu’importe le flacon pour vu qu’on ait le prompt ?”, Renaud Gaultier + Midjourney, décembre 2022.

Il fallait s’y attendre, avec la crainte d’un nouvel hiver de l’IA et pour relancer l’attractivité du secteur auprès des investisseurs, le secteur riposte par un détour auprès du grand public. Quoi de mieux que l’industrie distractive (entertainment) pour lancer une vaste opération de séduction. Alors, les sites d’algorithme de requête textuelle pour générer et éditer des textes, (ChatGPT ex GPT3 by Open AI), ou des images, (par ex. Dall-E2, Stable, Jasper, Midjourney), etc, souvent sur base GPT-3) ont répandu leurs attractions de façon virale sur les réseaux. Certains annoncent la mort de leur métier, journaliste, professeur, juriste, designer, architecte, d’autres se félicitent d’un accroissement des possibilités de création. Redistribution ?

En cette fin d’année, les communautés dites créatives s’agitent autour du pillage ou du plagiat exécuté à la vitesse des quantas par des ordinateurs boulimiques. Le copyright et le droit d’auteur sont une nouvelle fois mis à mal par le numérique. Souvenons-nous de l’affaire des samples en musique, cela n’a rien de nouveau. Concernant les musiques dites actuelles, qui depuis les années 80 empruntent sans vergogne des sons rarement libres de droits, il a fallu attendre 2019 pour que soit édictée une directive européenne à ce sujet. Le coût d’une action juridique étant dissuasif, peu déposent plainte. Sans compte que nombre de pays se contrefichent du droit d’auteur ou du copyright, suivez mon regard (Turquie, Chine, …). Alors, quand le cyberespace supplante les territoires administrés, seul demeure le rapport de force. Google contre les médias écrits et les agence de photographes, nous savons de quel côté penche la balance des paiements, pardon, de la justice. Ding Dong.

Mais des actions collectives voient le jour, ainsi des programmeurs attaquent Microsoft pour usage déloyal de leurs lignes de codes*. Car le cœur du problème est bien la productivité de la machine cybernétique. On estime à plus de 6% les gains réalisés avec un logiciel d’assistance à la programmation comme Copilot. Alors pourquoi les industriels de l’IA s’intéressent-ils donc aux générateurs de formes textuelles ou imagières, en attendant le design, l’ingénierie, le bâtiment. Vraisemblablement pour trois raisons : entrainer leurs machines (deep learning), recruter des adeptes pour faire tomber les barrières éthiques puis règlementaires et lever des fonds. Nous assistons là au cycle habituel de l’innovation numérique, avec la course de vitesse entre premiers entrants et majors qui attendent de récupérer la pépite, ambiance ruée vers l’or, donc. C’est bien connu, le grand bordel Californien façon Wild Wild West se perpétue toujours, moins l’humour car les libertariens ne rient jamais sauf quand ils tuent. Argh.

Mais intéressons-nous aux conséquences créatives. Un algorithme va chercher par itérations via un prompt des morceaux de texte ou des images pour les mixer de la façon la plus cohérente possible. On a donc adjoint un DJ à Google. Youpi, une gigantesque machine à biais ! Ben oui, on parle ici de langage, donc de culture et de ce fait d’interprétation selon le requérant et/ou le programmeur. Si un mot (signifiant) équivalait à une définition stable (signifié), cela se saurait. Et c’est donc là que la séduction du génie – bon ou mauvais selon les représentations – opère sa magie : se soumettre à l’aléa, fermer le sens par une multiplicité de détails ou au contraire laisser l’œuvre ouverte, réitérer comme on gratte un jeu. Cela revient à parier sur la machine. Nous les bipèdes adorons jouer, alors nous jouons, et puis nous nous lassons. Il suffit de se balader sur les salons virtuels de Midjourney sur Discord pour, sauf exception, s’affliger des résultats. Une question d’imaginaire ambiant, sans doute. Le cul étant prohibé sur les sites licites, ce sera donc mangas et fantasy. A contrario, un professeur de design graphique cinquantenaire et hautement qualifié peut étendre le champ culturel de ses élèves par le recours à ces jeux graphiques, aux côtés d’autres exercices. Hautement profitable pour réintroduire une notion de concept par l’énoncé texte**. Hum.

Un auteur de BD, Steve Coulson***, a lui sauté le pas. Il parle de méthode Marvel, logique avec les super pouvoirs conférés par l’IA, et de haïku dans la composition d’un prompt. Après une succession d’itérations il assemble ce qui pourrait faire une histoire. Il évoque ainsi le jazz d’improvisation. Cela illustre l’approche d’un homme habile et instruit, doté d’un vocabulaire étendu, qui sait puiser dans ses connaissances matière à illustrations, poétique en un mot. A la lecture, force est de constater que copyright et droits d’auteur sont balancés dans la même benne que l’originalité, érotisme héroico-fantastique SF compris. Mais cela reste une expérimentation, forcément limitée. Nous pouvons imaginer que Hollywood et les plateformes de type Netflix sont ravis, leur propos ayant toujours été de limiter leurs risques par la recherche de la martingale du succès, reproduisant leurs fictions telles des mêmes à la chaîne. Wham.

Une question demeure : écrire un prompt fait-il de vous un auteur ? Étant donné que l’IA apprend tout le temps de tout le monde, le même prompt sera interprété différemment selon le moment où la commande est formulée. Un musicien qui lit une partition fait de même, un comédien qui joue son rôle également, alors ? Une expérience qui consiste à éditer toutes les semaines la réponse pourrait donner une indication sur l’état de l’art de l’IA, work in progress toujours. Vous pouvez être certain qu’une installation mettant en scène ce procédé est déjà élaborée quelque part et se retrouvera sous peu au MOMA. It’s AI economics, stupid ! Ouarf.

Pour des activités à faible valeur intellectuelle ou créative***, comme la copie – le mot en lui-même annonce le plagiat - d’un étudiant moyen ou d’un éditorialiste au mètre, cela ne changera pas grand-chose, il suffira de remplacer le logiciel de détection de plagiat (Compilatio ou Urkund par exemple) par un algorithme d’analyse de texte qui à l’instar des générateurs de jugements juridiques procèdera à une évaluation toute médiocratique. A éducation massifiée, traitement par lots. Cela épargnera nos arbres mais encombrera les serveurs pour aboutir à un appauvrissement que d’aucuns craignent déjà***. Vous voyez, quelque chose comme des machines qui corrigent des machines qui alors deviennent les seules productrices de langages. Euh, suicide de la pensée ? Parce que le recyclage textuel ne peut durer à l’infini et la flemme ne garantit pas toujours l’accroissement de l’intelligence collective... Mais nous assisterons peut-être à l’avènement d’une nouvelle élite, instruite et riche d’une littéracie de l’IA qui alors pourra sidérer nos existences sans complexe. Ah, asservir sous couvert d’émancipation, le rêve toxique des tycoons de San Francisco, Paris, Shangaï, Séoul ou Johannesbourg. Et nous, petits atomes pensants encore épris de liberté, y consentirons-nous ? Nous le faisons déjà plus ou moins, avec les Gafam et Batx, mais pas d’inquiétude bonnes gens, d’autres prennent déjà le relais. L’arbitrage sera peut-être énergétique : les serveurs ou l’alimentation, à moins que ce ne soit des drones agricoles obéissant à des prompts qui nous nourriront de gelées post-apocalyptiques ? Gloups.

A ce stade, nous pouvons d’ores et déjà anticiper une coexistence plus ou moins conflictuelle des modes de production intellectuelle et créative, guère plus. L’incertitude, bébé, l’incertitude. Mais hormis pour les industriels de l’IA, celle-ci ne constitue pas un horizon en soi, à la différence de ses applications les plus profitables. Pour nous, les conso-citoyens du numérique, nous aimons certes jouer, mais nous prétendons aussi à la reconnaissance par autrui, voire se reconnaître - se désaliéner ? -dans l’objet co-produit. Et rendre visible notre intention, échanger du désir, troquer du sens. Vivre en société, quoi. Et si le champ cognitif est saturé d’IA corrodée, il nous restera toujours quelques interzones, entre le hacking sauvage et la ZAD intellectuelle. Boum.

Capture d’écran, anonyme + Midjourney, décembre 2022.

Prompt : commande à l’IA, généralement sous forme d’une suite de mots.

 Plaintes : Dans Bilan.ch par Emily Torretini, le 10-11-2022. https://www.bilan.ch/story/la-premiere-plainte-collective-contre-une-ia-souleve-la-question-des-droits-dauteur-294110807713?fbclid=IwAR0xghVgPINCx2t7c5ytjyqVI2CoTjl-9CM4Vy8fh1tO_VBJGikuVLKWyxk

https://www.cbr.com/comics-industry-collective-stance-ai-artificial-intelligence-art-usage/?fbclid=IwAR05Chbuj_PUDA3uAfPSgsq6Uxodfn2ipFgdluHhE3FThrhswkoX9y29USg

 ** Etienne Mineur : https://etienne.design/portfolio/sidebar-stack-4-2/

https://wexperience.fr/blog/podcast-ia-dall-e-midjourney-avec-etienne-mineur-designer-inventeur-et-co-fondateur-de-volumique/

*** Steve Coulson + Mid Journey, Exodus, 2022 : https://www.dropbox.com/s/tigij1c2o0n2hvr/EXODUS_001.pdf

**** Plagiat universitaire : https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/comment-l-outil-d-intelligence-artificielle-chatgpt-bouscule-le-monde-universitaire-20221226

Addendum. Depuis la rédaction de cet article, le 5 janvier 2023 un étudiant de Princeton (USA) déclare avoir créé un algorithme de détection de l’usage de ChatGPT dans un document universitaire. La course a l’armement serait donc lancée ? https://www.businessinsider.com/app-detects-if-chatgpt-wrote-essay-ai-plagiarism-2023-1?r=US&IR=T

Et ChatGPT annonce le 5 janvier mettre au point un filigrane codé dans les textes générés par l’IA pour permettre de les repérer, à suivre... https://www.presse-citron.net/chatgpt-va-proposer-larme-ultime-contre-le-plagiat-de-lia/

***** IA Pollution : https://trustmyscience.com/textes-generes-par-ia-polluent-internet/

“apocalypse, post-nuclear, survivalists, monsters”, Renaud gaultier + Midjourney décembre 2022.

“creative, anthropocene, new energy, futuristic, buyant life, AI”, Renaud Gaultier + Midjourney décembre 2022

tags: IA, inteliigence, société, éthique
categories: IA, Société, culture, Art
Wednesday 12.28.22
Posted by Renaud GAULTIER
 

©Renaud Gaultier Période 1992-2026