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Renaud P. Gaultier

Peintures, installations, textes

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Contempler la catastrophe ?

"La Genèse-en-tête, l'apocalypse en cours", #2, série 1999-2008, huile sur bois, 120x120cm. "Genesis-in-mind, apocalypse in progress", #2, series, oil on wood, 120x120cm. ©renaudgaultier.com

Les guerres déploient leur théâtre de sang et nous regardons les ruines se démolir en direct, sous le regard des mobiles civils ou depuis l’œil du drone destructeur. Pendant ce temps, loin des combats étrangers, deux femmes exposent leur travail au motif des décombres passés. Eva Jospin et son “Grottesco” de carton, Claire Tabouret et ses vitraux d’après l’incendie de Notre Dame de Paris, “D’un seul souffle” de verre, au Grand Palais du 10 décembre au 31 mars 2026. Quelle posture adopter face au spectacle de la destruction en cours ? Matériaux de (re)construction.

Peu de choses à dire sur ces grottes de carton ouvragé, si ce n’est la virtuosité technique, le soin méticuleux, l’ornementation délicate à partir d’un matériau pauvre, mais aussi l’allusion au grotesque baroque sans l’exubérance, la platitude malgré le relief. La fascination pour les ruines, ce romantisme exalté depuis les voyages en Italie des jeunes aristocrates en mal d’émotions antiques, dire la légende des siècles pour mieux écrire la sienne, le succès public de cette reconstitution est d’emblée assuré, bravo et bravo. Mais Alice s’est peut-être un peu perdue dans les tunnels de sa spéléologie. Sa psyché, et la nôtre avec, retournera sans émotion à la poussière de bois, in fine. Badaboum ?

Plus intéressant, la présentation des projets de vitraux taille réelle pour remplacer les 6 baies décoratives - restées intactes et démontées - de Viollet-le-Duc situées à l’entrée côté sud de ND de Paris. Le thème choisi est ici la Pentecôte, si chère aux évangélistes américains, moment de réponse du récit apostolique à l’écroulement de Babel et à la dispersion des humains, définitivement entrés dans la guerre de tous contre tous. œuvre remarquable, non pas par les motifs, une simple actualisation d’un style sulpicien sans inspiration, ce qui témoigne d’une certaine pauvreté conceptuelle et théologique mais par l’affirmation courageuse de sa proposition de couleurs. Il n’en demeure pas moins que la réponse à la commande, notoirement sous la forme d’un catéchisme de mission old school, a de quoi inquiéter les amateurs d’art sacré contemporain. Le retour à une figuration naïve en costumes “orientalisés” des personnages n’était pas indispensable, dommage. La maîtrise d’ouvrage, frileuse, a gâché l’occasion de nous projeter dans les images du XXIème siècle. L’époque, gouvernée par la peur, loin des audaces gothiques et de la démesure Viollet-le-Duc est au retour en arrière. Doit-on s’y habituer ?

Au même moment, les satrapes étripent les peuples, se disputent des fleuves d’or noir et bombardent ce qui subsistait de cités millénaires. Cette fois, il n’est plus question de prétexte anobli, la liberté, le droit à l’existence ou la démocratie, la brutalité se dévoile sans honte, sûre de son hubris, certaine de sa puissance. Il pourrait s’avérer cocasse, si ce n’était les centaines de milliers de morts accumulées ces dernières décades, que la religion en serait la raison ultime, oxymore fatal. Le Dieu de ces clergés corrompus est cruel, Baal règne encore, la gueule d’airain grande ouverte sur la fournaise, et l’humanité se consume dans cet effondrement. Le décalogue de Moïse descendu du Sinaï, lui-même inspiré d’un code comme celui d’Hammourabi, gravé quelque part entre le Tigre et l’Euphrate, n’est plus respecté par quiconque voudrait s’en réclamer. 2600 ans après, se venger de Nabuchodonosor ou bien le conjurer ?Ainsi, le temps des prophètes reviendrait, avec la colère comme exutoire au malheur que des dirigeants iniques imposent par vice à leurs populations, que personne ne les écouterait plus. Frapper, frapper encore, pour le saint pétrole, le saint dollar, la sainte bitcoin, tuer, tuer encore, pour la déesse IA, les divins satellites et les saintes ogives. Et couvrir d’or son palais, mettre en scène la perversion et contempler la catastrophe, reflet des puissances hors la Loi ou jouissance des enfants illégitimes de Zarathoustra ?

Sauf que, pour cyclique qu’elle puisse paraître, l’histoire ne finit jamais, et que le dénouement prévu par les monstres est rarement ce qui advient. Notre humanité se voit ainsi défiée. Nous pourrions succomber au désespoir, rendus ivres devant le carrousel des images, enfermés dans la société du spectacle et fermer nos paupières sur des rétines saturées. Mais non, nous subsistons, et nous survivrons, et si ce n’est pas nous, ce seront d’autres, animé.e.s par la foi, en l’être humain, accordé au Tout Vivant. Oui, une société se construit dans l’amitié et la fraternité. Et une religion dans l’amour. Aussi, si nous y regardons bien, nous disposons d’un libre arbitre en ruine certes, mais encore d’intelligence, des moyens techniques pour nous relier, nos idées d’ensemble, nos projets de vie, nos communs. Et donc de la capacité à dénouer la fatalité. Mais le voulons-nous vraiment ?

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Pour aller plus loin :

Eva Jospin, “Grottesco”, 2026, Grand Palais, Paris.

Claire Tabouret, “d”un seul souffle”, 2024-2026, Grand Palais, Paris

“Livres des Prophètes”, la Torah, la Bible, le Coran…

Le Robert définit Catastrophe : nom féminin, (du latin, du grec, de kata- et strophê → strophe ; idée de « évènement final »)

I. 1. vieux, Dénouement tragique. « La catastrophe de ma pièce est peut-être un peu trop sanglante » (Racine). 2. Malheur effroyable et brusque. ➙ calamité, cataclysme, désastre. Les catastrophes naturelles (cyclones, inondations, etc.). — loc. En catastrophe : d'urgence ; très vite. Atterrir en catastrophe. 3. fam. Évènement fâcheux. ➙ accident, ennui.

II. Math. Théorie des catastrophes, qui, à partir de l'observation de phénomènes discontinus (situations de conflit), cherche à construire un modèle dynamique continu.

Claire Tabouret, “d”un seul souffle”, 2024-2026, Grand Palais, Paris

Eva Jospin, “Grottesco”, 2026, Grand Palais, Paris.

tags: art, géopolitique, sculpture, peinture, art sacré, vitrail
categories: Expositions, culture, Société, Politique
Wednesday 03.04.26
Posted by Renaud GAULTIER
Comments: 1
 

Des raisons d'espérer ?

Comme un coin de ciel bleu ? RPG 2023

En cet automne triste, où les nouvelles déferlent dans une fange infinie, il nous est difficile sinon impossible de sourire à la vie qui vient, tant elle bat au rythme du décompte des morts violentes et des catastrophes. Après les sécheresses caniculaires, les inondations glauques et son cortège d’existences ruinées. De tout temps me direz-vous ?... Non, car rien ne nous permet d’incriminer la fatalité : guerre et dérèglement climatique sont les conséquences de nos actes, au moins indirectement. Et si, avant de céder à l’accablement qui nous menace, nous essayons de remonter le cours des choses, à contre-courant des pessimismes ambiants ? Chiche ?

Deux guerres se déroulent à nos portes, et elles sont hideuses. Celles sur lesquelles nous avons fermé les yeux le sont tout autant*, mais cette fois, nous ne pouvons détourner les yeux. Les protagonistes sont les mêmes mais là aussi les digues ont cédé. Nous ne pourrons pas dire que nous ignorions la démence mafieuse et meurtrière des dirigeants russes, qui comble, se déguise d’un combat pour « la civilisation ». Cynisme atroce, fruit de nos complaisances cyniques, gaz contre devises, manufactures contre containers, et renoncement moral d’une Europe qui ne sait plus pourquoi elle s’est constituée, hormis l’horizon des courses du samedi matin. Nous avons financé les ploutocrates et ils ont nourri les partis populistes qui sèment la haine en retour. Les masques tombent. Maintenant nous savons ce à quoi les monstres nous destinent, l’asservissement et la misère, comme toujours. Si les masses ne sont plus, les communautés s’y sont substituées, fabriquées par des algorithmes malsains. Dans ce laminoir numérique, les partis politiques ne survivent pas. Mais la bête prolifère. L’Infâme aussi. Jamais les religions instituées n'ont à ce point envahi l’espace politique à l’époque moderne pour y propager leurs terreurs ineptes hormis peut-être lors de la guerre de trente ans (1618-1648). S’ensuivit le Traité de Westphalie et l’avènement de l’État moderne. Alors constituer des collectifs intelligents, de ceux qui usent des réseaux pour échanger et construire, première résistance. Proposer des remèdes à la misère résignée, comme celui de rebâtir des services publics dignes de ce nom, deuxième résistance. Décrire des perspectives enthousiasmantes pour des populations jeunes et désorientées, on le serait à moins, troisième résistance.

Non la dictature n’est pas une solution. Pas plus que le monopole** en économie. Oui, l’ignorance est à combattre et le débat est à favoriser, partout, tout le temps, auprès du plus grand nombre.

L’autre front qu’aucun n’envisage vraiment, car il procède de nos craintes ataviques, est le réveil des formidables puissances de la Terre. Et cela vient chercher en nos sociétés atomisées une vertu depuis longtemps en sommeil : la solidarité. Devant la montée des eaux, la machine étatique et ses sous-traitantes sont dépassées. Le retour d’une citoyenneté concrète et contributive, la seule qui donne un sens au travail, quatrième résistance. Indispensable. Élémentaire.

Si le spectacle de nos démocraties confisquées par quelques intérêts privés peut nous décourager, il peut tout autant susciter des vocations à s’engager, cinquième résistance. Il en va de la paix et de la prospérité partagée par toutes et tous, de notre survie, en somme.

Et contrairement à ce que d’aucuns prophètes voudraient nous faire croire, c’est aux plus anciens de montrer la voie et de transmettre savoirs et connaissances tant qu’ils le peuvent. Pour ne pas reproduire des passés funestes. Mais se donner des raisons d’espérer. En lien.

 

 *Soudan, Azerbaïdjan, Yemen, Niger, Mali, Congo…

**Cédric Tourbe, « Capitalisme américain, le culte de la richesse », Arte TV 2023.

 

tags: guerre, société, politique, géopolitique, écologie, éthique, démocratie
categories: Politique
Tuesday 11.14.23
Posted by Renaud GAULTIER
 

©Renaud Gaultier Période 1992-2026