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Renaud P. Gaultier

Peintures, installations, textes

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Oxygene de Jean-Michel Jarre, l'art d'innover en rupture

Oxygène, 1974.

Oxygène, 1974.

(Tous les artistes ne sont pas des innovateurs, mais certains le sont plus que tous : l'art d'innover, l'innovation dans l'art #1)

Jean-Michel Jarre

Jean-Michel Jarre

A la vision de l'excellent documentaire de Birgit Herdlitschke sur Arte TV, il m'est apparu une nouvelle fois combien cet artiste avait su ouvrir une voie originale pour aujourd'hui s'inscrire dans l'histoire de la musique. Désormais préoccupé par sa place et son rôle  au sein de ce qu'il appelle sa "tribu", celle des compositeurs de musique électronique, Jean-Michel Jarre livre là plusieurs clés de cette innovation majeure.

Son histoire personnelle tout d'abord, marquée par le départ puis l'absence du père, Maurice Jarre, compositeur de musique de films parti s'exiler à Los Angeles et qui deviendra l'une des figures de Hollywood : on lui doit entre autres Lawrence d'Arabie et Docteur Jivago. Père indépassable, comment exister ? Nourri par l'énergie de sa mère, il va bénéficier d'une première éducation musicale "sauvage" en assistant enfant aux répétitions et aux bœufs du "Chat qui pêche", scène du jazz d'avant garde. Ecouter à 8 ans les débuts de Coltrane, Archie Shepp et Chet Baker lave les oreilles pour la vie. Après son passage au conservatoire de Paris, il rejoint le Groupe de Recherche Musicale sous la direction de Pierre Schaeffer, génie de la musique concrète. Rien de naturel à cela sauf pour le jeune Jarre, petit fils de l'inventeur des Teppaz. A cela vous ajoutez la fréquentation de la peinture des années 50 et vous reconstituez sommairement le creuset d'un esprit libre, curieux et inventif. Il lui restait à remplir un espace laissé vide par un père immense, cet espace si souvent associé depuis à sa musique, ces mégapoles du XXIème en devenir.

Ce que soulignent les artistes interrogés à son sujet, c'est effectivement ce que lui même caractérise par l'absence d'inhibitions, en dépit d'une culture immense : "avec Schaeffer, nous avons pu tout expérimenter, il n'y avait encore ni règle de composition ni style défini, juste une approche et des instruments. Il fallait défricher." Hans Zimmer, lui énonce simplement qu'avec les mêmes instruments, Jarre a créé une musique qui lui est propre et qui a rencontré le monde entier. Charlotte Rampling, sa femme, la première à qui il a fait écouter Oxygène, l'album par lequel tout a commencé, lui avait alors dit : "ce sera soit un succès énorme, soit rien". Explorer l'espace depuis sa chambre, frugalement.

Car plus encore que ses compositions, ce pionnier accomplit sa rupture dans la méthode : il est le premier, avec l'allemand Klaus Schulze, à avoir composé dans un home studio, en l'occurence sa cuisine. Fauché, deux synthétiseurs et un magnéto à bandes en tout et pour tout et il bricole au milieu des années 70s une musique qui a tout déclenché. Rappelons-nous qu'à l'époque les studios occupaient des immeubles, pour loger les consoles de 72 pistes et enregistrer les orchestres XXL, et qu'il fallait deux Jumbo jets pour transporter le matériel des concerts de Pink Floyd ou de Led Zeppelin. Jarre ne s'est pas arrêté là, il a commandé aux ingénieurs toutes sortes de dispositifs électroniques dont sa désormais fameuse harpe laser. Si, personnellement, sa musique ne me touche pas, je reconnais volontiers qu'elle constitue la bande son de la mondialisation, au même titre que les Beatles, Michael Jackson ou Madonna.

Dans le domaine des industries créatives, le cas de l'album Oxygène continue de hanter tout directeur de major  : toutes l'ont refusé. Pas de chanson, ni batterie ni guitares, des séquences fleuves, et qui plus est un artiste français, au royaume de la brit music triomphante calibrée top of the pops, personne ne pouvait alors signer un tel projet. Cela fit la fortune d'un petit label français : Dreyfus. Cette incapacité à détecter une révolution n'est pas donc pas le propre des industries traditionnelles. Cela illustre simplement que l'innovation doit conjuguer au moins deux aptitudes organisées : savoir décider et savoir maintenir une culture du nouveau.

Si l'on compare Jarre à l'autre grande figure archéo-électro, Kraftwerk, la différence est de taille : Kraftwerk vient du rock expérimental allemand quand le français est ancré dans une culture de la musique classique et du XXème siècle, augmentée des expérimentations de la musique concrète. Lui-même se sent plus proche d'Edgar Froese du groupe Tangerine Dream. Mais leur point commun réside dans le fait qu'il ne sont pas anglo-saxons. Ils ont donc du inventer pour exister face aux géants britanniques et aux folk-rockers traditionalistes américains. Dans les années 90s et 2000, deux groupes français ont réussi le même hold-up électro, version dance floor : Daft Punk et Air. Ces derniers devenant peu à peu les historiens témoins de la musique électronique, orfèvres du son et collectionneurs de machines. Leurs origines versaillaises, sans doute...

Enfin, Jarre a amené une autre rupture dans la diffusion de la musique populaire : le concert urbain géant. Préfigurant les raves et autres mobilisations de plus de 500 000 personnes, il sort la musique des salles de concert et des stades pour mettre en scène les villes avec des spectacles monumentaux. Il est ainsi le premier à avoir mis en scène Pékin, en 1981, avant de conquérir les USA avec Houston en 1986 pour la NASA ! Depuis, il en a fait un métier, s'éloignant de sa vocation première de compositeur.

Houston, 1986.

Houston, 1986.

Ce documentaire montre un éternel jeune homme, inquiet et débordant d'énergie, WunderKind mélancolique et hyperactif en voie d'apaisement. Peter Pan sincère et touchant, il a simplement osé et su saisir son époque comme personne, avec beaucoup de lucidité. Il a aujourd'hui décidé d'aller à la rencontre de tous les membres de "sa" tribu pour revenir à la musique et composer un nouvel album. Un grand monsieur de l'art populaire, vraiment.

https://www.youtube.com/watch?v=N93ju_saY7o&feature=youtu.be

 

Tuesday 09.22.15
Posted by Renaud GAULTIER
 

Formation, au pluriel ou au singulier ?

Séance de rentrée de la promotion EDHEC 2019.

Séance de rentrée de la promotion EDHEC 2019.

Pour des raisons affichées de recherche de taille critique mais en réalité strictement financières, les grandes écoles françaises de management se sont lancées dans une course au volume que rien ne semble arrêter.

L'équation est simple : les coûts en ressources humaines, 60% du budget, ne cessent d'augmenter en raison de la rareté d'enseignants-chercheurs publiant en sciences de gestion. A cela s'ajoute un coût du foncier et de l'immobilier qui ne cesse d'augmenter tandis que les subventions publiques diminuent. Résultat, pour équilibrer leurs comptes, ces établissements augmentent leurs frais de scolarité et leurs effectifs. Ainsi, plus de trente ans après mon intégration, je suis revenu à l'EDHEC pour co-animer, en compagnie de Catherine Champeyrol et de son équipe, un séminaire de rentrée de la promotion 2019 sur le thème de la coopération créative et nous avons dû composer avec la masse : en 1983, nous étions une petite centaine, en 2015 ils sont 737...

Il convient ici de saluer celles et ceux qui ont mis au point cette machine diplômante ô combien complexe. Diffuser un enseignement théorético-pratique homogène sur des promotions aussi nombreuses tout en maintenant le suivi personnel et la possibilité de choix de spécialisations multiples demande une organisation solide et un management cohérent sur la durée. Le secret de l'EDHEC réside sans doute dans la longévité de son dirigeant, Olivier Oger. 

Il n'en demeure pas moins que former de telles masses au management en environnement complexe et incertain relève de la gageure. Si l'on y ajoute un changement de paradigme managérial, où l'on privilégiera la coopération et l'innovation, cela devient problématique. Le recours aux Moocs et à l'usage de la classe inversée constitue la piste d'un mix éducatif qui va à l'encontre de nos habitudes empreintes de scolastique magistrale.

C'est la raison pour laquelle je fais partie de ceux qui militent pour la formation par le projet dans le projet, seule solution pour intégrer les connaissances en environnement réel. A ce sujet, l'EDHEC vit un tournant : longtemps réputée pour ses associations quasi professionnelles, si l'écart entre la formation académique et la pratique associative n'est plus tenable, cette spécificité est un gisement de pédagogies actives. Etablir un lien, le valoriser et l'exploiter pourrait relancer une machine qui risque de peiner à faire émerger les singularités dont la société et l'économie ont tant besoin.

Mais cela demande aux étudiants comme aux enseignants-chercheurs et aux cadres administratifs de changer de posture. Un chantier de transformation bien dans l'air du temps...


Monday 09.14.15
Posted by Renaud GAULTIER
 

Patrick Neu, quelles nouvelles de nos morts ?

Au palais de Tokyo, une exposition d'un maître des vanités post-mortem. Une aile d'ange en cire, une veste en ailes d'abeilles, des tableaux de Bosch reproduits sur du noir de fumée à même des verres, une armure de samouraï et une couronne d'épines en cristal : le temps nous fuit et nous voit quêter un fragment d'éternité dans des formes archétypales auquel Patrick Neu fait un sort noble et raffiné pour ne pas dire exquis. Des contrastes de matières, réemployées ou détournées de leur vocation première, viennent solliciter nos sens et nous toucher dans nos mémoires communes. Patrick Neu exhume, avec douceur et sollicitude, ces présences fantomatiques qui caractérisent ce qu'il était convenu d'appeler la "Kultur" ou la civilisation. 

La notice précise que l'auteur de ces choses sublimes est discret. Découvrir cette œuvre si bien exprimée installe un état suspendu, dans les limbes de nos cultures inquiètes. Un moment délicat, aux antipodes du quotidien. Nécessaire, donc.

Sunday 09.13.15
Posted by Renaud GAULTIER
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Genèse en tête, apocalypse en cours

Voilà ce que j'écrivais à mi-parcours d'une œuvre picturale au long cours. Achevée depuis, elle attend d'être montrée sous forme d'installation.

(archive)

Par Renaud Gaultier, vendredi 27 juillet 2007 à 15:09 :: la Genèse-en-tête :: #28 :: rss


"J’ai entrepris il y a 8 ans une œuvre picturale pas encore achevée à ce jour. Il s’agit de « la genèse-en-tête », sous-titrée « l’apocalypse en cours ». Elle se présente sous la forme d’une série de 72 panneaux carrés distincts de 1,20 m de côté, tous peints à l’huile sur bois. Peu de gens l’ont vue, mais ceux qui l’ont rencontrée ne sont pas restés indifférents, loin de là. Il m’est souvent demandé de décrire ou d’expliquer ce travail. Or pour moi, quand bien même je vais essayer d’ouvrir les quelques pistes de réflexion qui m’ont guidé jusqu’ici, tout ceci reste très mystérieux.

 

La genèse en-tête explore en effet simultanément plusieurs questions qui me tiennent à cœur. Par exemple : pourquoi créer et ajouter au monde quelque chose dont on suppose qu’il ne s’y trouverait pas déjà ? Qui crée, qui peint ? D’où vient le geste, l’image ? A ces questions je ne sais toujours pas répondre, mais voici ce que déjà je sais de ce travail.

La genèse en tête est une apocalypse en cours.

Un dévoilement, en fait. J’ai commencé de la peindre en 1999, à partir d’intuitions qui me travaillaient depuis 1992. C’est avant tout un parcours dans l’inconnu. La seule chose que je savais au commencement, c’est la règle que je me suis fixée au départ : peindre des huiles sur bois de 1,2mx1,20, pour former une collection de 72 panneaux carrés. Il est évident que ces panneaux ne seront jamais vus tous ensemble ou simultanément, et cela me plait.

Il ne s’agit pas d’un récit de la création au sens narration, mais plutôt de l’expression d’un monde en création qui se dévoile peu à peu à notre vison et notre entendement. Le point de départ est donc aveugle. Seule l’énergie est là, sensible.

La création est un sujet pour mystiques, scientifiques ou spécialistes de la psyché. J’ai voulu passer de l‘autre côté de ces miroirs pour tenter de découvrir ce que j’en savais, moi, de cette œuvre-là, avec pour seuls moyens, quelques couleurs, des supports et du temps. Beaucoup de temps.

J’ai décidé de commencer à mains nues. Comme les premiers hommes.

Aujourd’hui, 40 « genèses » plus tard, j’ai repris les brosses et les couteaux.

Bien des fois, je me suis présenté à l’atelier avec une idée. Je ne l’ai jamais réalisée.

Oui, cette œuvre m’échappe. Et c’est pour cela que je la peins. Cela m’oblige à me dépouiller de mon ego, et je recherche cette nudité. Je ne l’ai évidemment pas trouvée.

Quelquefois, certaines personnes ont ressenti des émotions violentes devant ces peintures, et même de la peur parfois. Peindre, c’est d’abord accepter ce qui vient, c’est aussi exorciser.

Au début, j’ai peint à même le bois, sans apprêt. L’embuage qui en résulte a assourdi les couleurs, donnant parfois des tonalités voilées. Maintenant je travaille sur des fonds blancs. Les harmoniques changent, les couleurs éclatent, même les plus sombres, c’est un long cheminement du regard vers la clarté. Vers une lucidité ?"

 

Renaud Pascal Gaultier, Juillet 2007.

Friday 09.04.15
Posted by Renaud GAULTIER
 

A l'heure ou j'envisage un nouveau projet transocéanique et poétique, un article relatant une aventure antérieure.

"Vendée Globe. Troisième tour du monde en solitaire et sans escale. Une liaison très terre à mer. Catherine Chabaud puise sa confiance dans les télex avec son mentor.

RÉMY FIERE Libération, 28 JANVIER 1997 À 15:15

"Etonnante fin de siècle où les progrès de la technologie permettent les relations épistolaires terre-mer. Entre Catherine Chabaud, en passe d'être la première femme à boucler, en course, le tour du monde à la voile en solitaire sans escale et sans assistance, et Renaud Gaultier, à la fois mentor, gourou, peintre et écrivain, s'entretient depuis le 3 novembre une palpitante conversation qui outrepasse les simples recommandations techniques et les encouragements basiques. Entre la jeune femme blonde, journaliste de formation partie fendre ses incertitudes, et son éminence grise resté à terre, se tisse une relation bien plus forte que les vents les plus mauvais. «Je lui raconte ce que je vis, il me renvoie des messages qui sont exactement cadrés avec ce que je veux vivre». Dans le secret de conversations par télex s'ébauche une histoire au goût de sel et de sens, de poésie et de courage.

«Mon bonze». On les avait déjà croisés, aux Sables-d'Olonne, légèrement speedés par l'urgence d'un départ qui s'était précipité. Elle, la chevelure blonde, la bouche volubile, lui légèrement en retrait, discrète présence qui semblait la rassurer. Elle avait alors parlé de son expérience récente, de ses dernières transats, en équipage ou en solitaire sur Fuji III, des peurs à venir et des paniques qui avaient parfois lessivé son entendement, dans ces moments où combinaison de survie enfilée, balise Argos en main, «on sort du jeu, on rentre dans la survie». Une épaule fragilisée par un accident de ski, un temps de déments, une quille qui bouge, des voiles qui se déchirent, des concurrents qui démâtent: c'était durant l'Europe 1 Star, en juin dernier. Renaud, qu'elle appelle «mon bonze», l'avait alors rassuré, pansant son mental fracturé avec le bandage des mots choisis et les cataplasmes des paroles qui font mouche: «Catherine connaissait un système cumulatif classique, je lui ai dit: "Ne te fais pas de souci, tout ce qui t'arrives est normal, et si tu coules, ce serait même apparemment logique.». En la forçant à prendre du recul, à analyser sa situation, «parce que le stress est un système contagieux qui annihile les capacités, en restaurant la conscience de sa position sur la terre, n'importe quel humain retrouve des capacités», le jeune homme avait ravaudé à gros points les interrogations ponctuelles et les doutes existentiels, les vraies peurs et les fausses impressions. Avec l'aide de Renaud, elle avait finalement repoussé les démons et terminé sixième de l'épreuve dans sa catégorie.

Depuis, in extremis, elle s'est donc offert une chasse initiatique. En prenant le vent du Vendée Globe, une course qu'elle a «toujours eu au fond du coeur et de la poche», une course pour laquelle elle n'a «jamais caché cette envie qui revenait comme la marée, or tu ne luttes pas contre tes envies». La déferlante est arrivée, lors du Grand Pavois de La Rochelle, salon nautique charentais, à la fin de l'été dernier. Un contact qui passe avec Jean-Luc Van den Heede, marin au visage d'ours et à la gentillesse de miel, un sponsor qui suit, un bateau loué, 250 000 francs pour six mois, une philosophie à épouser, celle du propriétaire du navire. Whirlpool-Europe 2 est un bateau fiable, robuste et étroit, frugal et simple à manier. Avec un palmarès qui parle pour lui: à sa barre, Van den Heede a terminé deuxième de la précédente édition du Vendée Globe.

Code poétique. Coup de canon et premières correspondances. Bien loin des communiqués envoyés au PC-course, comme à l'entourage proche. Un code entre les deux brodeurs de sensations, des mots empreints de saveur et de tendresse. Il lui cite Saint-John Perse, Christian Bobin, Herman Melville évidemment, ou des moins connus, comme Armel Guerne, traducteur, lui écrit-il «des grands poètes des passions et des forces naturelles, Goethe, Novalis, Calderon, Shakespeare, Holderlin et Byron»; ou comme Siméon, le poète de Clermont: «Un vent, oui, nous en étions l'oiseau et l'intime clarté, l'émoi, le silence et l'étrave. Qui n'oserait renverser les colonnes du jour quand le rêve est violent».

Cheminement solitaire et regard sur l'autre. «Catherine, c'est un champ poétique», dit Renault; elle lui renvoie ainsi des phrases, belles et simples comme une aquarelle marine, «dis-toi aussi que la pensée qu'on a depuis le large pour les gens qu'on aime n'altère en rien l'expérience solitaire. Mieux encore, ce recul donne plus d'acuité sur l'autre et sur sa vie... Mon regard sur l'autre s'enrichit de mon cheminement solitaire». La solitude, Catherine dit l'aimer, comme elle dit aimer communiquer avec les autres, comme elle aime se retrouver seule à Locmariaquer, comme elle aime partager sa petite maison du golfe du Morbihan avec un «roommate» à l'américaine, Jack Vincent, autre briseur de record autour du monde. «Cela dit, prédisait-elle, quatre mois toute seule, putain, ça doit être quelque chose». Quatre mois au moins, car sa quête ne se double pas d'une course contre la montre. Catherine n'a jamais tenté de jouer avec les plus rapides. A son rythme, c'était prévu, «pas en lutte avec l'élément, mais en phase, en harmonie». Et vogue l'albatros. Avec forcément, dans ces régions de lames immenses et de tempêtes sans fin qu'elle ne connaît que par ses lectures, une légitime appréhension.«Je m'attends à avoir peur dans le sud, j'espère avoir le courage de descendre suffisamment bas, car les moments qui te procurent le plus de plaisir sont ceux où tu as le plus peur.» Dépassement de soi, renvoi dans les cordes: «Maso? Non, je sais que ça va être dur, que je vais souffrir, avoir mal», avec l'angoisse de suivre en retard et à distance les tragédies de ses adversaires, de passer là où certains ont subi le pire. Seule, Catherine Chabaud, mais pas toujours: elle, en est à parler à l'albatros qui la suit depuis des semaines, un «très grand, avec des taches sur les ailes. Quelle présence! Je lui ai demandé de qui il était la réincarnation, mais il m'a dit: "A toi de deviner»... La jeune femme qui a peur que l'on galvaude son histoire, ou qu'on l'abîme en la racontant à sa place n'a pas encore proposé de réponse... ."

FIERE Rémy

Saturday 08.29.15
Posted by Renaud GAULTIER
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De la bricologie et toutes ces sortes de choses

Dans un hackerspace, il ne faut pas s'attendre à rencontrer la fée du rangement...

Dans un hackerspace, il ne faut pas s'attendre à rencontrer la fée du rangement...

A l'invitation de Stéphane, je me suis rendu dans son antre, les Fabriques du Ponant où l'on trouve aussi le Tyfab, les Petits Débrouillards et une start-up appelée Robot Seed, le tout logé dans un local aux franges du lycée Vauban à Brest. L'ambiance, comme toujours dans ces autrement nommés "tiers lieux", est un doux mélange de bordel indescriptible, bonhommie associative et travail appliqué par des bricoleurs de l'âge numérique.

J'y trouvais là un jeune homme qui terminait une fraiseuse numérique conçue par lui et montée de ses mains, affichant le plein sourire de celui qui a réalisé un vrai "truc" et qui s'est ainsi rendu compte qu'il en était vraiment capable, ceci en appelant d'autres à suivre. Je discutais avec des ingénieurs et des techniciens engloutis par des canapés d'âge canonique, réemployés de justesse avant la benne, parlant de tout et de rien, de techniques et de projets, dans une transversalité totale, dans une écoute d'une exigence rare et toujours dans le souci de trouver une solution. 

Je croisais aussi Mathieu, qui finalise les gravures laser des ses photos grand format. Chacun vient avec son idée sotte et grenue et rencontre là d'autres bricoleurs confirmés ou débutants, venus là pour partager idées, suggestions, projets ou pour tout bonnement donner un coup de main. Tous viennent là résoudre un problème. Leur problème, celui dont ils savent que d'autres l'aideront non seulement à le résoudre et mais qu'ils pourront à leur tour dépanner. Et apprendre. Des autres. De tout le monde. De chacun.

Du militantisme pur et simple, sans grands mots ni grands soirs, pour proposer une alternative à la surconsommation des matières, des personnes et du temps. Prendre ce moment rare. Et se mettre à l'œuvre. Avec d'autres. Constituer un réseau social hybride, une société patraque remise sur une paillasse un peu foutraque et alors, un apprentissage sincère de sa liberté de faire, de penser, de partager.

Il parait que l'U.B.O. envisage de monter un FabLab universitaire : bonne idée, ces académiques qui se réunissent, en dehors de leur laboratoire habituel et en dehors de leur discipline, qui mettent la main à la pâte et se donnent ainsi les chances de concrétiser un dispositif de recherche sur leur champ initial. Aujourd'hui, la "bricologie" est devenue une coopération inventive qui a su intégrer les makers dans le hackerspace, le terme FabLab étant le marketing de la démarche sous les bons auspices du M.I.T. depuis 15 ans. Dans un contexte breton et particulièrement brestois, où  mutuelles et coopératives ont structuré le travail et l'économie sociale depuis l'origine, la démarche mériterait de "passer à l'échelle" pour redynamiser un territoire au bout du souffle des industries agroalimentaires ou de défense. Une façon aussi d'offrir des perspectives à des personnes qui ont raison de vouloir vivre et travailler au pays selon des modalités contemporaines. Le numérique pour concentrer et redistribuer les énergies positives, en quelque sorte.

Du pain sur la planche, du cœur à l'ouvrage, bricologie et toutes ces sortes de choses. A Brest, maintenant.

Sunday 07.19.15
Posted by Renaud GAULTIER
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"Smart city" ? Vous avez dit "smart city" ?

We all are smart citizens, aren't we ?

We all are smart citizens, aren't we ?

Est-ce que ma ville a une tête de "smart city" ? Au delà de la plaisanterie, il est permis de se poser cette question, là où nous vivons, habitons et travaillons. Si nous ne voulons pas que la cité devienne la propriété numérique de quelques uns, il est plus que temps de s'approprier l'espace du bien commun sous la forme d'une intelligence collective, connectée et partagée.

Chaque opérateur spécialisé, que ce soit en eau, gaz, électricité, télécom, transports, déchets ou autre fonction urbaine, dispose de données qu'il stocke depuis le début de ses services et qu'il a depuis numérisées. Cet agrégat hétérogène, ce fameux "Big Data" urbain, constitue un trésor immatériel que viennent contester les grands du numérique, les "pure players" comme Google ou d'autres compilateurs de métier. Plusieurs enjeux croisent les intérêts de chaque partie prenante : un enjeu industriel, capitalistique et technique tout d'abord, car recueillir et traiter des données en masse demande une certaine organisation et de lourds investissements. Un enjeu commercial et juridique ensuite, parce qu'il convient de définir la nature de ce que l'on compte revendre et son statut au regard de la propriété individuelle et industrielle. A qui appartiennent les informations relatives à la consommation personnelle d'eau et l'historique des déplacements par les transports en commun ou au moyen de son véhicule connecté ? A la personne, à la communauté urbaine, à l'opérateur numérique, au prestataire de services ? Enfin, qui définit les services numériques créés à partir de ces masses de données ? Les usagers, la ville commanditaire, l'opérateur ? Les premiers constats montrent que la transformation des centres villes en centres commerciaux s'augmente déjà d'un "mall for all" digital omniscient, statisticien de nos goûts, de nos achats et de nos rencontres. Dans la ville libérale néocapitaliste, chacun est invité à être entrepreneur de soi et consommateurs de tous, "uberisation" en cours oblige, à être "prosumer ". Or aujourd'hui fleurissent des espaces dits de "co-innovation" et d"innovation ouverte" au cœur des métropoles engagées dans ce processus : qui invente quoi pour qui comment et pour quel partage de résultat, intellectuel, matériel et financier ? Une bataille selon les règles asymétriques des transactions webisées se déroule à l'ombre des gratte-ciels : tout le monde vend, achète, produit de la donnée traitée et globalisée à l'échelle de la métropole numérique étendue. mais dites-moi pour quel mutuel bénéfice, "prosumer" citizen X ? Si le contingentement contrôlé des activités est révolu, quelle régulation collective ? Le marché globalisé sans maître, évacuant à ses confins ou parfois en son centre des populations dans des zones d'exclusions numérique, relève ainsi d'une fiction cyber-punk devenue réalité. Les urbanistes dessinaient des places pour le marché certes, mais pas seulement, aussi pour le théâtre, le défilé, la réunion publique, la flânerie, la détente entre amis et la rencontre amoureuse. A une époque où les villes tentent de reprendre le contrôle du bien commun à commencer par l'eau en régie, il convient de vite remettre au milieu du village global la question de la citoyenneté numérique. Qu'en pensez-vous, citoyen X ?

http://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/conferences/2015-06-10/smart-city-la-ville-comme-objet-collaboratif.html

http://openinnovation-engie.com/fr/innovationweek/conference-smart-cities/884

Sunday 07.12.15
Posted by Renaud GAULTIER
 

France, 6-7-8 01 2015 et après. Non, ce n'est pas une guerre de religion.

Mais une guerre du lien. Le lien social, familial, économique et avant tout citoyen. Défiance vis à vis des gouvernants, des administrations, des professionnels, des soignants, des éducateurs, des entreprises, des pouvoirs judiciaires, législatifs, exécutifs et des médias. Cette guerre de tous contre tous ne profite jamais aux individus libres mais bénéficie en premier lieu à ceux qui s'approprient les biens communs sans s'encombrer de légitimité republicaine et démocratique.

En 2002 et 2003, deux de mes œuvres ont été vandalisées sauvagement, j'ai été diffamé et agressé par certains excités. A.B.O., un Abri, un Banc une Œuvre, disait la difficulté d'habiter l'espace commun, à la frontière de la terre et de l'océan. Le vitrail de ND de Bon Secours -sic- disait le besoin de méditer sur les larmes versées par toutes les femmes et les hommes victimes de la violence et du mensonge, à l'instar de Marie et de Haude, dont cette chapelle célèbre le récit. Déjà, je fus accusé de blasphème pour avoir profané la propriété privée, la nature sacrée et la religion immuable... Pour la petite histoire : j'ai présenté A.B.O. aux European Ways of Life, une exposition qui s'est tenu à Paris lors de l'entre-deux tours des présidentielles de 2002, au Carrousel du Louvre, tandis que défilaient au-dessus de nos têtes les drapeaux noirs, cruciformes, rouges et blancs des droites extrêmes. Comme un signe annonciateur.

J'ai pu mesurer alors l'état d'effondrement moral des corps constitués censés garantir liberté de penser, d'agir et de s'exprimer dans le respect des lois. Je rends hommage ici à Gaëtan Le Guern, seul élu à avoir perçu le danger et manifesté sa solidarité à l'époque.

J'ai alors compris que je devais témoigner de l'esprit critique des lumières partout où je le pouvais et que ma place serait dans la cité auprès des éducateurs, des enseignants-chercheurs, des entrepreneurs et de tous les porteurs de projets humanistes. Enfin pour échapper à la censure, et surtout à sa forme la plus insidieuse, la censure économique, j'ai choisi d'être entrepreneur-artiste, au coeur des phénomènes issus d'une idéologie qui ne dit pas son nom : le management. 

Tuesday 07.07.15
Posted by Renaud GAULTIER
 
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