• Artist
  • Paintings
  • Installations
  • Blog de Bord
  • Koduki
  • Contact
Renaud P. Gaultier

Peintures, Installations et Textes

  • Artist
  • Paintings
  • Installations
  • Blog de Bord
  • Koduki
  • Contact

Endiguer ou laisser couler ?

“Digues et jetées”, extrait d’une série d’études, huile sur toile, format 10F, 2018 (©Renaud Gaultier) : https://renaudgaultier.com/paintings#/dams-dykes/

La conjonction des événements peut laisser rêveur. D’un côté, une rivière océanique déverse 40 jours durant, le temps d’un déluge, une pluie telle que les riverains du Tarn, du Lot, de la Garonne, de la Maine et de la Loire sont submergés; de l’autre, un déferlement de haine organisée inonde les médias autour de la mort d’un jeune homme radicalisé. Rien ne semble endiguer un flot ininterrompu d’images et de propos, l’État se défausse et invoque d’un côté la responsabilité des maires et des collectivités territoriales, de l’autre celle des éditorialistes et des groupes de pression aux arrières pensées politiques sans équivoque, relayés par des “posteurs” sur réseaux sociaux sans scrupules.

Pour éviter tout malentendu, nous rappelons ici que tant que nous vivons en démocratie, rien ne devrait justifier la mort violente d’un activiste. Le jour où nous aurons basculé dans un monde illibéral, la question se posera. D’ici là, veillons à ne perdre de vue le trésor de la liberté d’expression, l’égalité devant la Loi, et la fraternité, celle dont il n’est malheureusement plus jamais question dans le débat public.

L’entraide est une notion qui s’est un peu perdue avec l’eau des précipitations mais qui gagnerait à ne pas se diluer dans l’espace de nos préoccupations immédiates. Un jeune homme roué de coups a tardé à être présenté aux urgences, il en est mort. Il a refusé le secours des passants, ses camarades de rixe et ses adversaires du jour, l’ont laissé là, gisant et titubant. Bêtise et inhumanité liguées ensemble, comme souvent. La meute était partie ailleurs, sur les plateaux des chaînes à polémiques et autres “putaclics”. Consternant. Les digues ont lâché. Pensées sincères pour ses proches et sa famille, personne ne mérite une telle instrumentalisation d’un drame.

Sur le front des crues, une toute autre ambiance. Le climat se réchauffe - là aussi…-, les dirigeants comme la société civile éprouvent de grandes difficultés à prendre la mesure des phénomènes qui en résultent. Par exemple, en 2014, l’assemblée nationale française décide d’instaurer un transfert de compétences aux intercommunalités pour entretenir les digues et les zones humides via une taxe* à lever de 40 € par habitant. Les digues domaniales (appartenant à l’État) leur ont été remises “en l’état”, c’est à dire sans entretien ni maintenance à jour. Résultat, le montant des travaux est considérable, hors de portée des budgets intercommunaux prévus. Par ailleurs, la taxe est peu ou pas prélevée, ce qui dégrade encore la situation. Et une fois encore tout le monde s’énerve. Mais trop tard. À la faveur des élections municipales, dans un contexte de désaffection de l’engagement politique et de morcellement voire éparpillement administratif, le dossier a de quoi dissuader.

Carte des risques d’inondation, commune de La Possonnière, 49170, 22 février 2026. À la cote 6,0 mètres, l’État prend le relais…

Chaussons nos échasses, extrayons-nous de la boue et regardons plus loin tout autour de nous : que d’eau mon général ! L’empilement des mesures et des taxes ne résoudra pas le problème, les digues étant largement sous dimensionnées aujourd’hui, et que dire de ce qui nous attend demain. Cela représenterait 15 milliards d’euros au bas mot. Autant dire que la culture verra son financement, déjà bien entamé, disparaître quasi définitivement, hormis quelques levées de fonds patrimoniales ou mécénales Les extrémistes peuvent se réjouir : au pays de Victor Hugo, poésie et esprit critique seront bannis. Les propositions sont pour le moment logées dans des fondations privées, retour à la case 1850, le “gilded age” à la française, l’exonération fiscale en plus. Pour combien de temps ?

Le personnel politique comme les administrations se sont laissées, par facilité et paresse, débordées par les injonctions de communication émanant de sphères financières à l’agenda pourtant très clair : ne rien faire et leur confier la rente. Santé, éducation, sécurité, défense, écologie, la liste est longue. De grands pays ont déjà connu pareil empêchement bureaucratique, la Chine du XIXème siècle par exemple, sous un régime despotique, centralisateur et mandarinal, convaincu de sa supériorité. Quelques guerres et révolutions plus tard, la voilà au sommet de sa puissance retrouvée.

Les spécialistes de l’hydrologie savent depuis le XVIIème siècle qu’il faut ménager des espaces d’expansion des eaux en crue, des boires, des prairies inondables, merveilleux biotopes d’une diversité remarquable. Notre démocratie gagnerait à être mieux distribuée et laisser la place à une variété d’opinions, éclairées ou non. Réguler les flux, former la population, mieux diffuser la connaissance en particulier auprès des personnes isolées, jeunes comme vieux, favoriser le débat, soutenir les initiatives locales et l’entraide entre habitants et citoyens. N’attendons pas que toutes les digues cèdent. Aménageons plutôt le temps des débats, écoutons-nous, entrons en conversation. Fraternellement.

Un happening à Paris en décembre 2015, en contrepoint de la COP21 (©Renaud Gaultier) : https://renaudgaultier.com/installations#/endiguement-quantitatif/

https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/02/21/inondations-dans-le-sud-ouest-les-digues-de-la-discorde_6667645_3244.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/02/15/inondations-les-pluies-torrentielles-deversees-par-les-tempetes-sont-plus-fortes-aujourd-hui-c-est-la-marque-d-un-climat-plus-chaud_6666875_3244.html

*Taxe Gemapi : Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations. Votée en 2014, entrée en vigueur en 2018.

Monday 02.23.26
Posted by Renaud GAULTIER
Newer / Older

©Renaud Gaultier Période 1992-2026