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Renaud P. Gaultier

Peintures, installations, textes

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Retourner à la grotte ? (back to the cave?)

Les épisodes de la série de catastrophes en cours se succèdent et un gouvernement autrefois inspiré, disait-on, des Lumières nous enjoint de regarder ailleurs voire de prendre nos maux en patience. L’écoanxiété devient alors un nouveau motif du “coaching” d’État et le faux semblant d’une prise en compte de la santé mentale à l’échelle nationale. Les injonctions se répondent, les réseaux sociaux vibrionnent et les individus ainsi malmenés sont atterrés, ou plutôt finissent par chercher à s’enterrer. Mais, un refuge sur cette planète en feu est-il encore possible ?

“Personne” in “La genèse En-tête, l’apocalypse en cours”, extrait d’une série de 72 pièces, 120 cm x120cm, huile sur bois, 1999-2008.

La question demeure sans réponse depuis un moment : l'animal humain doit-il retourner à l'époque première pour reprendre le cours de son évolution en impasse ? Et, corollaire, existe-t-il encore un refuge durable sur cette planète ? Propos solastalgiques en liberté. La confiscation des biens communs, annoncée puis pratiquée selon de grands nombres ne se cache plus. L’eau devient une ressource privative pour refroidir des “data centers” sous la Beauce, des méga-bassines alimentées par un pompage frénétique dans les nappes s’évaporent dans la canicule et des champs de résineux brûlent. L’expansion d’une ville numérique est à ce prix, le bit rapporte plus que le bois, la ferme photovoltaïque davantage que les poulets en batterie. Cette guerre au vivant, nous le savons, a commencé il y a bien longtemps, quand le capitalocène a su se doter de techniques de plus en plus industrielles, merci aux épigones applicatifs de René Descartes. Les usines se sont remplies puis vidées de leurs esclaves, ne subsistent que ceux qui '“maintiennent le système”. Pour ce faire, il convient de mettre en place une culture de la performance “performative”.

Aujourd’hui, le mental-machine obère les corps-machines, un suprémacisme digital anéantit ce qui restait d’humanisme. Ainsi, nous nous prosternons devant un Tour de France pour cyclistes ascétiques, a minima intubés de glucoses électrolytes, “runners” et “trailers” anonymes gavés de statistiques, bigorexiques, coupés de leur sensations, subjugués par un schéma mental imposé, dissocié de leur propre corps. Plus que jamais, la “nature” est un décor pour productions audiovisuelles, mais finalement nous nous en passons très bien, ici dans la salle de sport, où défilent des paysages générés par I.A., là devant un jeu vidéo où la “fantasy” se substitue au réel, dans le musée enfin, où des êtres automates répliquent la vie organique dans un jeu d’artifices limité au seul effet momentané. Pouêt pouêt, coin coin, bip bip, brrrrr…

Certains d’entre nous cherchent refuge, loin des ronds points et des supermarchés, poursuivant un idéal dans la fuite. Las, les interdictions de circulation pleuvent, le contrôle social boucle les chaînes, le temps est aux dénonciations virales, à tir tendu. Les canicules, que d’aucuns prétendent, envers et contre toute démarche scientifique, que personne n’aurait pu prédire, viennent enfermer à nouveau les gens chez eux, les épuisent, les tuent. Et les feux viennent les en déloger, comme les renards et les blaireaux qu’on extermine, décret en poche. À qui la faute ? À Personne, cette modernité cyclopéenne, aveuglée et furieuse, prédatrice, dévastatrice ? Aux êtres humains, emprisonnés dans une culture administrée jusqu’à l’absurde ? Aux gestionnaires des patrimoines privés et des choses publiques, obsédés par la rente et la dette de court terme ?

Si nous comptons, nous additionnons et multiplions mal. Face aux pertes incommensurables, nous invoquons la fatalité. Alors que… La meilleure assurance est faite de maintenance et de prévention, de concertation et de décisions mais elle ne rapporte pas sa dîme aux capitaux avides de rendements rapides. Alors, nous avons laissé filer. Nous, citoyens avons abandonné la chose publique et le bien commun à des ignares et des incompétents quand ils ne sont pas paresseux. En retour, ils nous font payer le prix des réparations quand elles existent, cette dette sans mesure commune. Insensé.

Devrions-nous retourner à la grotte des peuples racines, pour réinventer une utopie disparue, loin des errances que nous avons déjà imposé aux autochtones de nos colonies en faillite ? Nous pourrions déjà nous relier aux connaissances ancestrales, le vernaculaire proche, l’humus, le ruisseau et la mare, la source qui affleure sous les pierres, la vie sous nos pieds. Profonde, ancrée. millénaire. Et écouter respirer l’ombre de nos désirs enfouis. Alors revivre.

En prolongement, et pour creuser et se perdre dans notre grotte-machine à fantasmes :

Michaël Haerner, “Caverne et Cosmos”, Mama Editions 2014.

Homère, “L’Odyssée”, VIIIème siècle av. JC, Trad. Victor Bérard 1935, Folio Classique.

Dante (1265-1321), « La Divine Comédie », Garnier Flammarion 1985.

Thursday 07.30.26
Posted by Renaud GAULTIER
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